À la fin de votre consommation régulière de cannabis, vous ressentez souvent des symptômes qui indiquent que vous êtes accro…
Renoncer au cannabis, ce n’est pas simplement tourner une page. C’est aussi traverser une période charnière, rarement accueillie avec enthousiasme mais qui, fort heureusement, ne dure pas éternellement. Avant de retrouver un sommeil apaisé, plus d’énergie ou une mémoire affûtée, il faut composer avec les manifestations du sevrage, véritables marqueurs de l’attachement au produit.
Depuis deux décennies, des chercheurs scrutent les réactions de celles et ceux qui stoppent le cannabis, volontairement ou non, sur des périodes allant jusqu’à six semaines. Le suivi inclut des analyses de THC dans l’urine pour confirmer l’absence de consommation, permettant de dresser un tableau précis du syndrome de sevrage au cannabis.
Cinq symptômes ressortent le plus souvent chez les personnes concernées :
- Irritabilité
- Nervosité, anxiété
- Sommeil perturbé
- Diminution de l’appétit ou perte de poids
- Humeur dépressive
D’autres signes physiques peuvent aussi faire leur apparition : douleurs abdominales, tremblements, sueurs, fièvre, frissons, maux de tête.
Selon le DSM, le syndrome de sevrage se définit par la survenue d’au moins trois de ces symptômes lors de la semaine suivant l’arrêt brutal.
Le tableau s’installe le plus souvent dès le premier jour, atteint son pic entre le 2e et le 6e jour, puis s’atténue progressivement jusqu’à quasiment disparaître à la fin de la deuxième semaine.
D’après des études récentes, entre 35 et 75 % des personnes qui cherchent à arrêter, sans être hospitalisées, ressentent ces manifestations. Leur intensité est variable, influencée par la fréquence et l’ancienneté de la consommation, le degré de dépendance, la motivation, l’environnement et le soutien disponible, qu’il soit familial ou médical. Le sevrage issu de la consommation de cannabis synthétique (« spice ») se montre souvent plus dur, puisque ces molécules, en s’attachant avec force aux récepteurs CB1, déclenchent des réactions plus sévères.
LE RÔLE DU THC SUR LES RÉCEPTEURS CB1
L’usage fréquent de cannabis entraîne une diminution du nombre de récepteurs CB1 dans le cerveau. Ce phénomène, identifié par la recherche en neurosciences, ressemble à une forme d’autoprotection neuronale contre les perturbations provoquées par le THC. Plus l’usage se prolonge, plus la densité chute, expliquant l’intensité du sevrage pour certains consommateurs.
Une fois le cannabis arrêté, la densité des récepteurs CB1 grimpe rapidement en l’espace de deux jours. En quatre semaines, leur activité retrouve son rythme habituel. Mais il n’est pas rare d’observer quelques changements durables dans la plasticité cérébrale, comme une montée en puissance de l’appétit après l’arrêt.
Voici plusieurs constats qui soulignent la responsabilité du THC dans le sevrage au cannabis :
- Les symptômes se manifestent en parallèle de la reduction du THC sanguin ;
- Un syndrome de sevrage se déclare à l’arrêt du THC ou d’un agoniste cible des récepteurs CB1 ;
- L’administration ponctuelle de THC ou d’un analogue diminue l’intensité des symptômes ;
- Ces mécanismes apparaissent aussi après l’arrêt du cannabis synthétique.
LA THÉRAPIE
L’accompagnement vise avant tout à s’appuyer sur les consultations en addictologie. En situation de dépendance forte, ou en présence de troubles psychiques associés, une hospitalisation de deux à trois semaines peut être décidée. L’essentiel repose sur le soutien psychothérapeutique : armer la personne pour gérer le manque, affronter les sollicitations, et traverser l’envie de reprendre.
Le volet médical cible d’abord la détection et la prise en charge d’éventuels troubles associés. À l’heure actuelle, aucune molécule disponible sur le marché n’a convaincu les spécialistes malgré toutes les tentatives avec lithium, antidépresseurs ou anticonvulsivants.
PISTES MÉDICALES
Les recherches s’orientent vers les agonistes des récepteurs CB1 pour limiter le sevrage. Les traitements au THC synthétique (Marinol) n’ont pas donné de résultats satisfaisants. Quant au nabiximol (Sativex), il ne montre pas non plus de différence nette sur le syndrome de sevrage ou les fringales, hormis un léger effet sur la diminution de la consommation.
La recherche se tourne à présent vers les endocannabinoïdes naturels, en particulier l’anandamide, agoniste modéré des récepteurs CB1, naturellement dégradé par l’enzyme FAAH. L’idée ? Inhiber cette enzyme pour augmenter le niveau d’anandamide dans le cerveau et ainsi atténuer le sevrage. Après des résultats encourageants chez l’animal, une étude a rassemblé 70 adultes dépendants au cannabis depuis au moins deux ans à raison de 30 joints par mois minimum. La moitié a reçu le traitement, l’autre moitié un placebo, sur quatre semaines. En moyenne, ces personnes fumaient quatre joints par jour.
L’état de manque a été évalué par un questionnaire de quinze symptômes, chacun noté sur 3, avec un total possible de 45 points, mais aucun seuil standard pour classifier la gravité. Les premiers jours d’arrêt, le groupe traité présentait un score de sevrage plus bas (6 points) que celui des volontaires sous placebo (11 points), mais cet écart se comblait rapidement. À l’issue des quatre semaines, le groupe traité ne fumait plus que 0,4 joint par jour contre 1,2 joints pour l’autre groupe, constat confirmé par les analyses urinaires. Cette piste mérite d’être creusée à plus grande échelle et sur des durées allongées.
Le sevrage du cannabis entraîne généralement des symptômes désagréables, mais leur durée reste limitée et leur intensité souvent modérée. Avec un accompagnement solide et une volonté réelle d’en finir, la sortie du cannabis s’apparente plus à un cap qu’à une montagne à gravir sans fin.
Source : MAAD DIGITAL/ http://www.maad-digital.fr/decryptage/trou-noir-et-alcool Droit d’auteur Bildmaad Digital

