Minuit quarante, autoroute A9, quelque part près de Castillon-du-Gard. La nuit s’étire, mais pour plusieurs familles, tout s’arrête brutalement. À peine trente minutes plus tôt, les secours étaient déjà mobilisés sur la même portion, à Tavel, pour un premier accident. L’asphalte n’a pas eu le temps de refroidir que le drame frappe à nouveau, cette fois sans avertissement, au cœur d’une nuit qui aurait dû rester banale.
Le conducteur, un jeune homme de 24 ans, ramène les siens d’Agde après une journée familiale. Une camionnette, des enfants à l’arrière, la fatigue qui gagne, et cette succession d’occasions manquées : la sortie de Remoulin ratée, l’aire de repos ignorée, aucun panneau lumineux pour avertir du danger qui se profile. Interrogé par le président du tribunal pénal, Jean-Michel Perez, il s’entend égrener ces absences : « Vous manquez la sortie de Remoulin, vous manquez l’aire de repos où vous devriez vous arrêter, vous ne voyez aucun panneau lumineux sur l’autoroute sur plusieurs kilomètres censé ralentir à cause d’un accident, et vous ne voyez pas la déviation, c’est beaucoup non ? »
Désemparé, le prévenu répond sans détour : il ne sait pas lire. Il parvient à repérer les alertes de bouchon, mais le reste lui échappe. Ce soir-là, il admet avoir bu trois verres de vin. « Je suis boxeur professionnel, je ne bois jamais, alors j’ai paniqué. Ce n’était qu’un moment d’inattention de quatre secondes. Ma petite fille de dix jours pleurait à l’arrière, elle n’était pas attachée. » Un enchaînement d’erreurs et d’hésitations, qui aboutit à l’irréparable.
Car sur l’A9, la circulation est dense et un bouchon s’est formé, conséquence directe de l’accident précédent. Le conducteur fonce, près de 120 km/h, et percute violemment une voiture arrêtée devant lui. À l’intérieur, deux sœurs et deux enfants rentrent de vacances. Le choc est d’une brutalité inouïe : deux enfants subissent de graves blessures au dos, l’un d’eux est transféré à Marseille dans un état critique. À l’avant, la mère et sa sœur sont grièvement atteintes. L’une d’elles, à peine la vingtaine, employée dans une administration, ne survivra pas. Sa sœur non plus. La route, ce soir-là, a fauché des vies en quelques secondes.
Les enquêteurs, une fois sur place, notent un détail troublant : aucune trace de freinage. Comme si le conducteur n’avait rien vu venir, comme si l’accident s’était produit dans une fraction de seconde, sans la moindre réaction. L’absence totale de marques sur la chaussée laisse un vide, un silence pesant, qui rend le drame encore plus saisissant.
Face à ces faits accablants, le tribunal de Nîmes a tranché. Ce vendredi 17 décembre, le jeune conducteur écope de 36 mois de prison, dont 30 mois assortis d’un sursis. Il devra passer par un stage de sensibilisation à la sécurité routière, et son permis de conduire est annulé, interdit de le repasser pendant au moins un an. Une sanction lourde, à la hauteur de la tragédie qui s’est déroulée sur cette portion d’autoroute.
Parfois, tout bascule sur l’asphalte en l’espace d’un soupir. Ce soir de juillet, la route n’a laissé aucune échappatoire. Ceux qui restent ne pourront jamais effacer ce face-à-face brutal avec l’inattendu.

